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19 septembre 2026
Le 8 septembre 2026, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a relancé l'idée d'un fichier national des dettes locatives, souvent appelé « fichier des mauvais payeurs ». Le projet n'en est qu'au stade de la réflexion, mais il divise déjà. Imodirect, qui défend cette mesure depuis plus d'un an, y est favorable à trois conditions bien précises. Voici ce que l'on sait du projet, de son calendrier, et ce que les bailleurs peuvent en attendre.
Le fichier national des dettes locatives serait une base de données qui recenserait les locataires ayant laissé des loyers impayés chez un précédent bailleur. Avant de signer un bail, un propriétaire ou son gestionnaire pourrait ainsi savoir si un candidat a déjà une dette locative non réglée.
Le principe existe déjà dans d'autres secteurs :
Mais rien d'équivalent n'existe aujourd'hui pour la location. Un bailleur n'a aucun moyen légal de savoir si un candidat a déjà laissé une dette chez un autre propriétaire. Il s'appuie sur les pièces du dossier, alors que les faux dossiers de location se multiplient.
Les listes informelles de « mauvais payeurs » qui circulent parfois entre bailleurs sur les réseaux sociaux sont quant à elles illégales : la CNIL a rappelé que ce type de fichage sauvage n'est pas autorisé.
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Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement, a lancé cette idée dans le débat lors d'une table ronde organisée le mardi 8 septembre par la Chambre des notaires du Grand Paris.
Il a lui-même présenté cette piste comme une « réflexion à titre personnel », et non comme un projet de loi.
Le ministre s'est appuyé sur un cas rencontré à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), la ville dont il a été maire : deux bailleurs qui ne se connaissaient pas ont découvert, en discutant, qu'ils avaient eu affaire au même locataire. Sa cible est ce qu'il appelle les "professionnels des impayés", qui enchaînent les locations en laissant des dettes derrière eux.
Deux précisions ont été apportées à l'heure où nous écrivons ces lignes :
L'idée n'est pas nouvelle. La FNAIM avait porté un projet de fichier baptisé Arthel, recensant les locataires en défaut de paiement, qui devait être alimenté et consulté par les professionnels de l'immobilier.
Annoncé début 2020, il prévoyait d'enregistrer les locataires en retard de loyer de plus de trois mois.
Le projet n'a pas tenu. Il a d'abord été reporté à la suite de son examen par la CNIL, puis abandonné face à l'ampleur des critiques, qui portaient sur les risques de stigmatisation et de discrimination.
Pour Imodirect, cet épisode explique l'essentiel du débat actuel. Dans une prise de position relayée dans la presse, son président Arnaud Hacquart prévient : « Que le ministre s'en saisisse est une bonne nouvelle. Encore faut-il ne pas répéter l'échec de 2020, où le projet a été balayé en quelques jours faute d'avoir été correctement élaboré. »
Le débat porte donc surtout sur la façon dont il serait conçu.
Interrogé par CNews, Arnaud Hacquart, président-fondateur d'Imodirect, y voit « une mesure efficace et d'équité. Nous demandons la création d'un fichier des incidents de paiement locatif depuis plus d'un an, et nous l'avons formalisée noir sur blanc en avril puis en juin dernier ».
Selon lui, un bailleur est en droit de savoir si un candidat a bien payé ses loyers lors de ses précédentes locations.
Ce soutien est toutefois conditionnel. Un tel outil n'est légitime et efficace que s'il est calqué sur les dispositifs qui fonctionnent déjà, comme le FICP et le GIE Préventel.
Les 3 conditions pour que ce fichier puisse réellement permettre d'améliorer la relation bailleur-locataire :
Le fichier ne devrait être consultable ni par les particuliers, ni directement par les propriétaires. Seuls des professionnels agréés, responsables devant leur autorité de tutelle, y auraient accès.
L'objectif est d'éviter le principal reproche fait au projet de 2020.
Selon la position publiée par Esteval, un fichier ouvert devient une liste noire, alors qu'un fichier fermé et encadré par des professionnels responsables reste un outil de prévention.
Un simple retard de virement, ou un mois difficile après une séparation ou une perte d'emploi, n'aurait pas sa place dans le fichier. Seules y figureraient les dettes significatives, non régularisées et constatées après une procédure.
L'effacement devrait par ailleurs être immédiat et automatique dès que la dette est réglée, sous la responsabilité du professionnel qui a déclaré l'incident.
Rappelons qu'à partir du 1er janvier 2027, les règles de reconnaissance d'un impayé évolueront pour les bénéficiaires des aides au logement. L'impayé pourra notamment être reconnu lorsque la dette dépasse 450 euros ou après trois mois de loyers non payés. Ce repère pourrait nourrir la réflexion.
Pour que ce fichier soit efficace et exploitable, il ne devrait pas servir uniquement à écarter des candidats.
Tout locataire qui n'y figure pas devrait bénéficier :
« Sans ces trois conditions, ce n'est plus un outil de confiance, c'est un casier locatif à vie », résume Arnaud Hacquart.
Les associations de défense du logement répondent non. Elles redoutent une liste noire qui pénaliserait les ménages victimes d'un accident de la vie et restreindrait l'accès au logement.
Imodirect défend la thèse inverse. Aujourd'hui, la peur de l'impayé pousse de nombreux bailleurs à durcir leurs exigences, et les premiers pénalisés sont des candidats solvables mais atypiques : indépendants, jeunes actifs, familles monoparentales, salariés sans CDI.
Un fichier strictement encadré, assorti d'une garantie automatique, permettrait selon l'entreprise de « rouvrir le marché » à ces profils.
La garantie Visale couvre déjà une partie de ces publics, et ses règles ont été élargies en 2026. Mais elle ne concerne pas tous les locataires.
Le ministre a évoqué que le locataire pourrait devoir fournir lui-même une attestation. Mais selon le président d'Imodirect, ce serait une mauvaise idée pour deux raisons.
D'une part, car faire porter la preuve par le candidat revient à inverser la charge et à le stigmatiser au moment le plus sensible de son parcours.
Ensuite, on sait que près d'un dossier locatif sur quatre contient déjà une pièce falsifiée, souvent générée par intelligence artificielle. « Une attestation de plus à produire, c'est une pièce de plus à falsifier. La vérification doit être faite par le professionnel, à la source, pas demandée au locataire », poursuit le président d'Imodirect.
C'est la même logique que pour l'assurance loyers impayés : la vérification a davantage de valeur lorsqu'elle est réalisée par un tiers, à partir de sources fiables.
À ce jour, aucun calendrier n'a été annoncé par le gouvernement.
On attend notamment encore :
Imodirect appelle le gouvernement à sortir du « ballon d'essai » et à inscrire le dispositif dans un véhicule législatif. Elle l'adosse à deux réformes qu'elle défend par ailleurs : la généralisation de la garantie loyers impayés et le recours obligatoire à un professionnel agréé pour la gestion locative.
En attendant les différentes mesures, il existe déjà quelques leviers de protection pour le bailleur :
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Après 15 ans d’expérience en investissements immobiliers et financiers, Lisa Barbosa a rejoint l’équipe éditoriale d’Imodirect en tant que rédactrice web. Elle analyse les tendances de marché et les meilleures stratégies immobilières.
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